Mina Agossi, notre ambassadrice

Chanteuse de renommée internationale et ambassadrice de Rugby Pour Tous, Mina Agossi nous partage son vécu, son engagement à travers cet interview.
RPT : Ton papa était béninois, te rends-tu souvent au Bénin ? As-tu vécu en sur le continent africain ?
Mina : Avant toute chose merci de me donner la possibilité de parler un peu de mes origines françaises du côté maternel et béninoises du côté de mon paternel.
Mon père, aujourd’hui décédé, était le seul fils de ma grand mère originaire de la vallée de l’Ouémé prêt de Porto Novo, à deux pas de la frontière du Nigéria. Ne m’ayant pas lui même élévé, j’ai entrepris à 18 ans beaucoup de recherches pour connaître ma famille, retrouver mes racines à travers le village d’Azowlissé et rencontrer mon père qui résidait à Libreville, ce qui m’a pris 6 ans en tout. Donc le Bénin fût en quelques sorte une quête pour moi, j’ai donc fait des navettes régulières depuis l’âge de 24 ans entre le Bénin et le Gabon. J’ai cessé d’aller au Gabon au décès de mon père en 1997, et depuis je vais au Bénin dès que je peux pour voir ma famille restante.
Je n’aurais pu entreprendre cela si je n’avais déjà vécu avant 2 ans au Maroc, 5 ans au Niger et 2 ans en Côte d’Ivoire, je connaissais donc un peu l’Afrique de l’ouest. 
RPT : Défendre la cause féminine : Est-ce que l’on retrouve cela dans tes projets artistiques ?
Mina : Mon engagement envers quelques causes que ce soient était en fait intrinsèque à ma manière de produire ma musique
Le Jazz est un milieu très masculin et rempli d’un certain paternalisme vis à vis des femmes. En effet les femmes y sont souvent chanteuses et il y a très peu de femmes instrumentistes ; elles doivent avoir un très fort caractère envers des hommes qui donnent souvent des leçons de jeu, des conseils sans arrêt, et j’ai vu bien des femmes arrêter tout simplement de jouer de leur instrument car elles étaient des cibles de choix trop voyantes. J’en ai défendu pas mal mais pas dans le cadre d’une fondation. Seul les caractères les plus trempés sont restés ; il y a encore du chemin à parcourir d’après moi car souvent le respect masculin en jazz s’applique quant la dite chanteuse, trompettiste ou autre, devient compositrice et band leader. J’ai dans ma carrière noté un vrai changement entre le moment où je chantais pour des groupes qui cherchaient plus de concerts grâce à une chanteuse de préférence “black”, en me tapant dans le dos avec “c’est bien ma petite” que plus tard quand je leurs ai prouvé que je pouvais proposer une approche très personnelle de ma vison du jazz, sans instrument harmonique, etc… 
Par conséquent ma musique était en soit une cause très dure à défendre et à imposer dans ce milieu. Ça a pris toute mon énergie ; ce n’est que depuis  2-3 ans que j’ai décidé de m’engager pour une cause, et non plusieurs car une cause c’est beaucoup déjà et cela prend beaucoup de temps.
Rugby Pour Tous est la cause qui me parle et me porte. C’est grâce à Romain Da Cosa qui m’a fait découvrir votre formidable travail.
RPT : Le sport ? Fais-tu ou suis-tu un sport en général ? Le rugby, est que tu connais quelques règles ? La culture rugby ?
Mina : Le sport a quelque chose qui porte l’admiration, en ce qui me concerne, je suis pas du tout sportive mais comme pas mal de gens assez fainéants, je pratique plus de l’exercice libre, comme marcher au maximum au lieu de prendre mon scooter, nager le plus possible, d’ailleurs à ce niveau j’étais sportive jusqu’à l’âge de 13 ans je pense. J’ai fait beaucoup de natation et continue dès que je peux. Mon autre hobby étant le tennis, mais j’ai eu une grosse opération au genou et je suis beaucoup plus restreinte dans mes mouvements. 
Par conséquent regarder les sports individuels me plait beaucoup, ainsi que les sports collectifs comme le hand ball, le rugby et le catch. 
Le monde du rugby est un monde bienveillant et inclusif, il tente à créer ce lien social que j’aime beaucoup, plus que d’autres sports car il n’y a pas vraiment de “star attitude” ou d’égos surexposés, on joue collectif en faisant attention aux autres, c’est un sport beaucoup moins violent qu’il n’y parait, en tout cas au niveau psychologique même si les coups physiques eux sont bien sûr bien réels  et quelquefois dangereux, mais moins violents donc mentalement, car à mon sens la bienveillance et l’esprit de famille y priment même à un niveau international.
Je suis par exemple très fan de catch, et j’ai eu la chance de voir de la vraie “Lucha Libre” au Mexique lors d’une tournée, et il y a de cela aussi dans ce sport.
À part ça, je n’y connais rien au rugby… mais je me soigne ! Le fait d’avoir parlé avec Laurence Haxaire, Présidente de Rugby Pour Tous, qui m’a fait découvrir une chose anodine en apparence mais fort juste : “Le rugby est le seul sport où on passe la balle vers l’arrière” m’a éclairé, c’est ce symbole d’humanisme ce qui me plait énormément. J’ai eu le plaisir d’assister au championnat du Bénin du Rugby Féminin à VII à Porto Novo le 17 mars 2018, où les Lynx de Rugby Pour Tous ont gagné avec ma très chère amie Sorya Assouan, face aux superbes Amazones. Je commence à me former aux règles encore très complexes. 
Mina et les Lynx de Rugby Pour Tous, championnes du Bénin

RPT : Qu’est-ce qu’il te plaît à Rugby Pour Tous ? 

Mina : Ce qui me plait dans Rugby Pour Tous et la manière dont j’ai été reçue par les membres actifs, infatigables et si engagés, comme Hermann, Laurence, Pierre-Jean, Romain et tous les autres, c’est le but même de l’opération engagée, ce que je définissais dans une autre question par “Une Cause” à défendre. 
Et quelle Cause ! Aider à l’insertion sociale des enfants des rues du Bénin (car le Bénin est ce que je connais le mieux), à travers le sport, en l’occurrence ici le Rugby, car de quoi s’agit -il? …Il ne s’agit pas d’assiter une masse de sans abris en devenir, mais de bien valoriser l’Etre en eux et la valorisation interne nécéssaire à retrouver à leurs propres yeux.
Il le faut avant qu’il ne soit trop tard et qu’une génération entière d’exclus se brise sur tous les codes sociaux de leurs pays ou sur les écueils entourant les mers de nos eldorados factices, en effet qu’aurait-on à y gagner au Bénin ou en Europe, à ne pas prendre ce problème maintenant et à bras le corps directement sans attendre des lois pour permettre à ces jeunes êtres en devenir de se trouver un futur collectif et défendre les valeurs de leur pays ?
Rugby Pour Tous à travers son action Europe et Bénin, fait un travail de fourmis, c’est très long pour rallummer la flamme dans les yeux d’un enfant.
Rugby Pour Tous n’est pas un appel trop souvent éhonté et usurpé et bassement financier sous couvert d’humanisme.
Rugby Pour Tous, ce n’est pas la défense ou la promotion du Rugby. 
Rugby pour Tous c’est la volonté de redonner la foi en l’autre et en la vie à des enfants laissés sur le côté de la route.
Seulement, après, évidement que pour cela tous les dons sons les bienvenus . Rugby Pour Tous est composé de femmes et d’hommes très modestes, nous avons besoin de toutes les bonnes volontés, cela peut être seulement le fait d’en parler autour de soi, c’est déjà énorme !
Ensuite le mot qui enserre les esprits quelques fois à juste titre “Donner”, donner c’est donner de soi ou de ses biens ou d’offrir des choses inutilisées et décentes.
Donner des accessoires pour jouer au rugby, cela va du t-shirt, au terrain qu’une ville peut offrir au lieu de le louer à la Fondation pour le bien de l’entrainement des enfants, il y a des bus à pourvoir, ou offrir, ou donner simplement de l’argent via le site,
toutes les actions sont et seront bonnes pour permettre à cette équipe incroyable, c’est d’ailleurs pour cette équipe,  pour les voir à l’oeuvre travaillant inlassablement jours après jours que j’ai l’immense honneur d’en être l’Ambassadrice !
Nous rêvons et pourquoi pas de même former les futurs champion(nes) de demain, comme l’a si bien fait Rugby Pour Tous en formant Sorya Assouan quelques semaines à Montauban alors qu’elle vient d’un des milieux les plus défavorisés du Bénin… Voilà des choses concrètes ! Rugby Pour Tous ne peut tout faire seul, cela se fait aussi avec la participation d’autres filiales comme les différentes fédérations nationales de rugby, avec qui les liens doivent encore plus se développer et promouvoir l’interêt des néophytes sur la culture du non assistanat mais de l’échange intelligent entre dons et actions.

RPT : As-tu quelques exemples d’exemples d’insertion sociale qui te plaisent ? 

Mina : le plus belle insertion pour moi au Bénin, et elle m’a beaucoup impressionnée, c’est Hermann, Président de Rugby Pour Tous Bénin et entraîneur,  qui lui même issu du plus  mauvais côté de l’ascenseur social a réussi à être un exemple en entrainant les enfants des rues à Cotonou avec Sorya Assouhan qui va peut être entrer comme assistante en pharmacie après la validation de ses examens en cours.

 

Mina entourée de Diane, secrétaire de RPT et d’Hermann, Président de RPT Bénin

Rugby Pour Tous est extrêmement fier d’avoir Mina Agossi comme ambassadrice. Elle est au coeur de notre projet social, toujours au plus près de nos joueuses, dans l’accompagnement, le don de soi.

Mille Mercis à toi Mina

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